Chapitre 163 Ce que ça pèse dans la main
Les portes s’ouvrent. L’air tiède, la lumière blanche, la musique que personne n’écoute. Le froid te quitte si vite que c’en est presque gênant.
Tu ne cherches pas longtemps. Le rayon est là, les sandwichs alignés sous cellophane, et tu en prends un sans y réfléchir. C’est ce qu’il fallait. Elle a dit ce qu’elle avait à dire, tu réponds, il n’y a pas de calcul à faire.
À la caisse, il y a une personne devant toi. Tu attends.
Par la vitre, entre deux affiches de promotion, tu la retrouves. Le dos contre le mur, les bras autour des jambes, la neige qui tombe droit dans la lumière crue. Elle ne regarde pas vers l’intérieur. Elle n’attend pas, pas vraiment — elle est là, c’est tout, comme elle y était avant que tu arrives.
Le bip de la caisse. La monnaie. Le sandwich dans ta main, léger, froid à travers son emballage.
Tu ressors, et le froid te reprend entier.
Trois pas. Elle lève les yeux, voit ce que tu tiens, et quelque chose se détend très légèrement dans ses épaules — pas de la gratitude, pas encore. Le soulagement simple de quelqu’un qui constate que le truc annoncé est arrivé.
Tu le lui donnes. Elle le prend, le tourne, cherche l’ouverture de l’emballage avec des doigts raides de froid. Ça prend un moment. Puis le plastique cède.
Elle mange.
Pas vite. Pas avec avidité — avec application, par petites bouchées régulières, comme quelqu’un qui sait que manger trop vite après trop longtemps, ça ne se passe pas bien.
Et toi tu regardes ta propre main, vide maintenant, et tu penses à ce qu’elle a dit tout à l’heure. Depuis hier. Un jour entier dans le froid.
Contre ça, un sandwich de supérette.
Ce n’était pas une erreur. C’était juste ce qu’il fallait, exactement, ni trop ni trop peu. Et c’est tout petit.
La neige continue de tomber sur vous deux.