Chapitre 165 Chaud

Tu ressors avec le sac au bout du bras. Lourd, cette fois. Une barquette tiède dans sa boîte, une boisson, du pain. De quoi faire un repas, un vrai, pas un dépannage.

Le froid te reprend d’un coup. Trois pas, et tu es devant elle.

Elle lève les yeux vers le sac. Elle ne dit rien, mais elle a compris le poids — elle sait lire un sac de supérette, la différence entre ce qu’on prend en vitesse et ce qu’on a choisi.

Tu le lui donnes.

Et là, un détail que tu n’avais pas prévu : elle ne l’ouvre pas tout de suite. Elle sort la barquette, la pose à plat sur ses genoux, et elle laisse ses mains dessus. Les deux. Les doigts écartés sur le couvercle tiède.

Elle se réchauffe les mains.

Ça dure quelques secondes. Puis elle décolle l’opercule, et la vapeur monte, blanche dans le froid, aussitôt emportée.

Elle mange. Avec la petite fourchette en plastique du magasin, par bouchées régulières, en tenant la barquette à deux mains pour ne pas perdre la chaleur.

Tu as bien visé. Elle avait faim, tu as rapporté de quoi manger, et ce qui s’est passé n’avait rien de compliqué — elle a dit, tu as fait.

Mais tu regardes la vapeur qui part et tu vois aussi autre chose. Le repas refroidit vite. Le vent prend tout. Dans cinq minutes il sera tiède, dans dix il sera froid, et il faudra finir quand même parce qu’on ne jette pas.

Un plat chaud est fait pour une pièce chauffée, une table, une chaise. Dehors, il tient le temps qu’il tient.

Tu es debout devant elle. Elle mange sur ses genoux, contre un mur humide, dans la neige qui tombe.

C’était la bonne chose. Ça ne change pas où elle la mange.

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